• La faille du héros

     

     

     

    La faille du héros

     

    P I E C E  P O U R  1 0  D A N S E U R S, U N  C L O W N   E T  D E S  M O T S

    Création 2007

     

    “J’ai peur de perdre le goût de nos querelles d’enfants, de passer sous la barre des années froides, là-bas, sur le seuil gelé d’un royaume où les portes ne s’ouvrent plus, je bâtis encore une passerelle de toi à moi.

    En compagnie de ton regard, je nourris l’espoir de me revoir un jour, dépouillée du fantôme de mes désirs, la peur fondante ; je danse pour sentir mon corps taper sur le sol et le voir bleuir sous les chocs répétés : Je veux savoir qui je suis.

    Alors je danse sans autorisation, je paye pour cela, le prix du doute de ton amour renouvelé.

    Au gré des nuances de gris, au risque du mot de trop, le prince gelé, héros de mes nuits, avance sur la barrière de glace, un geste plutôt qu’un autre ; c’est un peu comme un vieux capitaine qui s’en va prendre un ris dans la grand-voile, il recommence avec précipitation des gestes connus et habités.“

     

     

     

    Aux héros qui ne s’appellent pas Antigone, Ulysse, Hercule.

     

     

    Le langage du héros :

     

     

    "Il s’engage.

    Qui ne s’est pas engagé ne risque pas de faillir ; et le héros se reconnaît à sa faille.

    Il ne s’engage pas dans l’armée ou auprès d’un tyran banal ; il s’engage vis-à-vis de sa propre conscience et par rapport à sa tâche personnelle. Il va au-devant de son propre tyran.

    Il cherche à travers l’expérience qu’il fait de lui au contact des autres, sa vocation, ce par quoi il servirait au mieux sa joie.

    Le héros demande.

    Le héros attire, mais le héros n’est pas influençable.

    Le héros s’éprouve et connaît la fatigue mais il écoute ce qu’elle raconte, il en fait une danse.

    Le héros avance mais sans se retourner.

    Tous les enfants veulent être les héros de leur mère ; mais tous les enfants ne deviennent pas des héros. Le héros a plusieurs naissances. Il décevra sa mère car dans son histoire, il y a la chute vertigineuse de lui déplaire, de déplaire.

    “ Ce n’est pas être aimé que nous voulons, c’est être préféré “ écrit Christian Bobin, ou bien larguer les amarres. C’est en chemin, gorgé de la confiance des victoires et, soumis à sa condition d’homme, que perdre prend du sens, peut-être même de la valeur. Dans l’inconfort humide du refus permanent de s’oublier ou de fuir, il passe les adversaires jusqu’à ce qu’il en prenne un sur son cœur, sans profiter de ses faiblesses.

    Le héros s’aime alors aussi dans la défaite parce qu’il l’interprète à la lueur de son but, à la sueur de son front, à la hauteur de ses choix.

    Le héros ose ce qui est nouveau pour lui. A la transmission des valeurs, il oppose sa personne et renouvelle leurs justesses à la lumière de sa perception. Offrant la lucidité de sa pertinente bataille, il participe à sa transformation ainsi qu’à leur évolution.

    Il agit.

    Il accepte.

    Il redoute la perversion, mais aussi la perfection.

    Il ne doute pas.

    Il affronte ses peurs.

    Le héros cherche sa liberté, se demande si elle a à voir avec sa destinée mais comme il ne connaît ni l’une, ni l’autre, il intègre les contraintes, les contraires : les imagine autrement et change sa condition humaine.

    Il s’invente.

    Il rencontre l’humilité sans perdre le goût du désir.

    Le héros sait bien dire oui parce qu’il sait dire non.

    Le héros fait son choix et dans l’incertitude que ce soit le bon, il donne l’autorisation à son intuition de le guider et lui pardonne ses revers.

     

    Ainsi, en creusant au-dedans de lui-même, il se rapproche de son identité, assume sa différence, aperçoit le prix à payer pour cette exubérance : la foudre qui va s’abattre sur lui ou bien le clown qui lui fait un pied de nez.

    Mais, “ le refus de l’existence est encore une manière d’exister, personne ne peut connaître vivant la paix du tombeau“ écrit Simone de Beauvoir."

     

                 Valérie Merle, Février 2007.

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    Braine, Braine le conte, Juin et Novembre 2007

     

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    Crépy, Mai 2007, Photographies Anne Meyer